Histoire


Du Laurentian Club au Domaine Wabenaki – Andrew

Le site du Domaine Wabenaki –Andrew évoque le riche passé du Laurentian Club et du parc national de la Mauricie. Les deux bâtiments, le Chalet Wabenaki et la Maison Andrew, témoignent de la présence marquante des clubs de chasse et pêche privés en Mauricie, un phénomène de grande ampleur dans l’histoire de la région et même du Québec.

À la fin du XIXe siècle, les provinces canadiennes se voient attribuer la juridiction sur les droits de pêche dans les eaux intérieures. Par ce moyen, on espère encourager la protection de ces eaux et des forêts qui les entourent. Au Québec, le gouvernement juge insuffisantes les ressources budgétaires nécessaires pour répondre à ces besoins. L’État confie donc des parties du territoire à des clubs privés sous la forme de baux renouvelables. Tout en conservant la propriété des territoires, le gouvernement contrôle, réglemente et tire des revenus de ses exploitations. Le concept du club de chasse et de pêche privé s’est avéré être un bon moyen de respecter les exigences gouvernementales. Cette formule facile et efficace de gestion gagnera en popularité et c’est ainsi que plusieurs de ces clubs privés verront le jour au Québec. En Mauricie, ce concept a eu beaucoup de succès de sorte que les clubs privés occupent à un certain moment 23% du territoire mauricien.

La mise en place des clubs de chasse et pêche privés aura eu un impact positif dans les lieux concernés. Ils ont aidé à la protection du patrimoine naturel en y contrôlant l’accès et, par le fait même, la chasse et la pêche et en y recensant les activités. De plus, les clubs privés ont eu un impact social et économique important en créant des emplois pour les populations locales et en générant des revenus pour les villes et villages avoisinants.

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On parle souvent de William H. Parker comme étant l’instigateur des nombreuses créations de clubs privés en Mauricie. Sa présence est bénéfique pour la région qui connait de grands changements en sa présence.

Il faut tout d’abord remonter en 1870 pour parler de la présence de M. Parker dans la région mauricienne. Ce riche étatsunien, propriétaire de la Beaver Lumber Company, une scierie fructueuse à cette époque, s’est déplacé en provenance de Glens Falls dans l’état de New York, pour venir s’établir à proximité de Saint-Élie-de-Caxton ici, en Mauricie. Étant asthmatique, son déménagement est causé pour des raisons médicales. Son docteur lui a suggéré de se déplacer dans un endroit où l’air serait pur et bon. Il a donc choisi l’air frais du Canada pour soigner ses problèmes respiratoires. Son arrivée déclenche le début d’un nouveau phénomène dans la région. Éventuellement, M. Parker créera le premier club de chasse et pêche privé en Mauricie, le Winchester Club.

Par son statut et ses actions, il est inutile de mentionner que M. Parker est très apprécié par les membres, les employés du club et par la population locale. Entre francophones, on appelait même William H. Parker «Huile» Parker. C’était plus facile et surtout très drôle de prononcer ce nom à consonance anglophone.

À présent bien installé en terre mauricienne, M. Parker commence les démarches pour la création d’un premier club en Mauricie. Il est grandement aidé de Louis-Alphonse Boyer, avec qui il se lia d’amitié, celui-ci étant également propriétaire d’une scierie de la Boyer, Hudon et Cie, installée à Saint-Ursule, toujours en Mauricie. Les deux hommes partagent un intérêt commun pour la chasse et la pêche et c’est autour d’un souper qu’ils décident de créer un club privé pour lequel le quartier général n’est nul autre que la résidence même de M. Parker. C’est donc de cette complicité que nait le Winchester Club en 1880. Ils le nomment ainsi en l’honneur de la ville étatsunienne du même nom d’où la plupart des membres proviennent. La création de ce club servira de modèle en voie de formation et en amorcera la création de plusieurs autres clubs dans les années suivantes.

Peu de temps après la création du Winchester Club se créent sur le territoire actuel du parc national de la Mauricie deux autres importants clubs de chasse et pêche privés. Il y a tout d’abord le Shawinigan Club en 1883, aussi instauré par messieurs Parker et Boyer et finalement le Laurentian Club en 1886, ce dernier créé par un groupe composé de certains des membres des deux clubs fondés précédemment. Le Laurentian Club fait d’ailleurs partie de la centaine de clubs qui verront le jour entre 1885 et 1899 au Québec, une période très occupée à ce niveau.

Dès sa création, le Laurentian Club obtient les droits de pêche sur les différents lacs du territoire octroyé par le gouvernement. C’est cependant en 1901 que l’État vend le territoire au Laurentian et qu’un bon nombre de bâtiments sont érigés. En tout, 55 bâtiments sont construits sur le site, dont les principaux situés dans le secteur du Lac à la Pêche, dans la partie sud du territoire. Ce même territoire est aujourd’hui occupé par l’actuel Domaine Wabenaki – Andrew. À ce temps, le club a une superficie de 660 kilomètres carrés en forêt sur laquelle sont répartis plus de 100 lacs. Cette étendue a donc la capacité d’accueillir un bon nombre de membres. De ce fait, le Laurentian Club est l’un des plus convoités et fréquentés, et accueille à son apogée près de 300 membres par année.

Les deux bâtiments encore présents aujourd’hui témoignent de la présence du Laurentian Club en Mauricie. Le Chalet Wabenaki, aujourd’hui bâtiment principal, servait à l’époque de cuisine et de salle à manger aux membres. La Maison Andrew, bâtiment secondaire, servait quant à elle de résidence à monsieur Alex Andrew, gérant du club, et de sa femme.

L’authentique Laurentian Club, tout comme les bâtiments du Lac à la Pêche restent la propriété du club jusqu’en 1952, année de l’achat de celui-ci par la Corporation de la Cité de Shawinigan Falls (Ville de Shawinigan). Cette corporation prend possession du territoire afin d’approvisionner en eau ses citoyens en prenant le Lac à la Pêche comme source. Le secteur sert encore de club de chasse et pêche, mais porte désormais le nom de Wabenaki Fish an Game Club. La création de ce club réduit la superficie du Laurentian Club qui sera toujours existant, mais seulement dans la partie nord.

Au cours des années qui suivent la création du Laurentian Club, plusieurs autres clubs prendront place sur le futur territoire du parc national de la Mauricie. En ordre chronologique, les clubs Commodore, Marcotte, Solitaire, Sawanac, Manigance, Wabenaki, Desaulniers, Paa-Poo, Maréchal, Flanobert, Crabtree, Woco, Jasper et Patients verront le jour entre 1905 et les années 60.

 

En 1970, tous les terrains des clubs occupant le territoire de l’actuel parc national de la Mauricie sont acquis par le gouvernement fédéral. Ce changement provoque l’aménagement d’un territoire protégé de conservation et la fin d’une époque. Les infrastructures des clubs sont alors éliminées afin de laisser la nature sauvage reprendre sa place.

Toutefois le Chalet Wabenaki et la Maison Andrew qui eurent plus d’une utilité jusqu’à aujourd’hui, dont celle de servir aux employés du parc national. Leur principale fonction sera l’hébergement. Depuis l’hiver 1976-1977, on y accueille bon nombre de visiteurs qui peuvent séjourner et profiter des équipements sportifs et des nombreux sentiers du parc national de la Mauricie.